Au-dessous du calvaire

Je viens de finir la lecture du dernier roman de Hervé Jaouen Au-dessous du calvaire .

Vous connaissez certainement cet écrivain riche de romans souvent policiers , et pluitôt noirs ,

très attaché à la Bretagne ( il est quimpérois )  , passionné de l'Irlande et de la pêche à la mouche .

J'aime personnellement beaucoup cet auteur et vous le recommande .

Son dernier livre donc , Au-dessous du calvaire , nous entraîne sur des sables mouvants , ceux des

derniers moments de l'occupation dans le Finistère en 1944 .

L'attitude des collabos nazifiés qui terrorisaient la population sous l'uniforme de la Bezenn Perrot est

spécialement visée dans cet ouvrage , et Hervé Jaouen n'ignore pas qu'il évoque ici un dossier en-

core très sensible ( voir la profanation toute récente de la sépulture du curé de Scrignac ) .

A la lecture de ce livre , on se rend bien compte que Hervé Jaouen n'a aucune sympathie pour ces

fils spirituels de Yann Goulet notamment : ils sont ici méprisés, ridiculisés , réduits à leur rôle de

fantoches manipulés par les nazis et notamment l'Ordre Noir .

Mais je trouve cela salutaire dans la mesure où existent malheureusement encore des gens proba-

blement de bonne foi qui alimentent leur réflexion actuelle sur le devenir la Bretagne  à partir du

délire dangereux de ces personnes qui auront plombé pour longtemps les aspirations  politiques et

culturelles de militants bretons probablement sincères . ( Je ne parle pas ici de certains  nationalistes 

actuels qui se nourrissent de fantasmes et qui ne représentent heureusement qu'eux-mêmes , c'est

à dire quasiment personne ) .

On peut reprocher à Jaouen d'avoir peut-être caricaturé ses personnages : un curé collabo à l'extrê-

me et antisémite , un couple de Juifs foncièrement bons , une jeune fille salie honteusement par la

populace pour avoir aimé avec sincérité un soldat allemand, un général SS complètement cinglé ,

des collabos glauques et des résistants au grand coeur ... Mais son livre reste lisible , et son mes-

sage clair . L'abbé Castric , autour duquel tourne l'intrigue , cristallise les passions ; il représente

évidemment l'abbé Perrot , et cela fera grincer des dents .

Mais , quand des dents grincent , n'est-il pas important de bien les brosser pour nettoyer les peti-

tes meules qu'elles constituent et empêcher ainsi  toute gêne intempestive ?

Du bon Jaouen donc  à mon avis .

Espérons quand même qu'on ne trouvera pas son cadavre dans quelque rivière , étranglé par un

fil à pêche , victime de  la vindicte des intégristes de la cause bretonne et assassiné par ses hommes

de main  . Hervé Jaouen ne mérite pas cela .

Prof De Guermont